De l’héritage des rites spirituels d’El Hadji
Malick Sy, fait partie la « Bourda » que Serigne Abass Sall
organisait dans ses deux principales mosquées, de Louga et Saint-Louis notamment.
Héritant son nom du célèbre poème intitulé Al Bourda (en référence au manteau du prophète) de l’Égyptien Shaykh
Al-Bûsirî (1213-1295), et composé vers 1270 en l’honneur du prophète Mohamed
(P.S.L.), la « Bourdah » en tant qu’événement religieux est le fruit
de l’imagination du sage de Tivaouane. La corrélation entre son nom avec ce fameux
poème dont le titre authentique est « Louange à la meilleure des créatures » s’explique par le fait
qu’il est le chant d’ouverture à chacune des séances. Elle débute en effet onze
jours avant la tenue du Maouloud, anniversaire de la naissance de Mohamed (PSL)
coïncidant avec le douzième jour du troisième mois musulman, et se tient sur dix nuits
de prières, de psalmodie du saint Coran, mais aussi et surtout de chants
religieux. Le onzième jour est celui du repos et le douzième, le jour J. Cette
programmation d’El Hadji Malick n’est pas due au hasard dans la mesure où elle suit une
logique de célébration bien calée. Puisque la naissance du Prophète dans le
calendrier musulman connait de fortes divergences d’appréciation quant à sa
date exacte, El Hadji Malick a vu mieux de célébrer la décade de désaccord,
déclarer repos le onzième, creux qu’il est, et donner un cacher spécial au
douzième jour, reconnu à l’unanimité par les connaisseurs, surtout par Abdallah Ibn Abass, un des illustres compagnons du prophète, comme étant le vrai Maouloud. Facile
à croire si l'on sait que le jour d’icelui est un lundi, jour
fatidique pour Mohamed (P.S.L.) qui marque la date de l’hégire, du mirage, de son
décès, etc.
PERPETUATION PAR SERIGNE ABASS SALL
Maintenant que les origines sont déclinées, notons que dans les Zawiyas de Serigne Abass, la manière de tenir la « Bourdah » enregistre une légère différence avec celles privilégiées dans les autres chapelles confrériques du Sénégal. Cette nuance se trouve uniquement dans le choix des textes sacrés à chanter et dont la majeure partie est écrite par le Cheikh. En clair, on note non un changement de forme, mais de fond. Au fait, Mara (diminutif de marabout) a voulu que la psalmodie de ces panégyriques faits sur le Sceau des envoyés de Dieu se plie au programme suivant :
1- Prière d’introduction
2- Hâylala, récité pendant une quinzaine de minutes avec des entremêlements de quelques chanteurs principaux.
3- Al-Bourdah (écrit en m?miya), modèle de poésie dont chaque vers se termine par la lettre ?)
4- Khaçídat-al-mudarríyya-fil-salàti-‘ala-khayr-al-baríya de Shaykh Al-Bûsirî avec 41 vers chantés intégralement chaque nuit.
5- Rà-iya de Cheikh Abass avec 333 vers divisés en 10 parties, soit une partie chantée par nuit.
6- Tà-iya de Serigne Abass avec 322 vers divisés en 10 parties, soit une partie par nuit.
7- Nihàyatu-al-amaany de Serigne Abass avec environ 502 vers divisés en 10 parties, soit une partie par nuit.
8- Prière de clôture
Faudra-t-il préciser que, chez Serigne Abass, les chanteurs et les « choristes » s’assoient obligatoirement en forme de cercle. Parfois, ensemble, en signe de déférence au dédié de ces nuits, ils se lèvent d’un moment à l’autre. Ce geste, quant à lui, est facultatif. La cérémonie nocturne dure environ deux heures et demie, sauf que le dernier numéro dure plus longtemps, pure prétexte de rendre spéciale la clôture.
UN CLIMAT SPIRITUEL PROTÉIFORME
Belle occasion de ferveur religieuse que celle privilégiée durant ce rendez-vous de la « Bourdah » où au moment où d’intenses louanges prophétiques aux refrains rythmiques sont assurées par la majeure partie des participants, d’autres, dans les coins, s’adonnent isolément à des prières surérogatoires, puis tantôt à la lecture du saint Coran, tantôt à l’invocation de noms divine, pour se quitter qu’après le discours final prononcé en Wolof par un des prédicateurs de la famille, qui, la plupart du temps, réserve son prêche à la traduction de quelques vers récemment chantés.
Hormis cet enchainement de célébrations religieuses, passer la « Bourdah » chez Serigne Abass octroie de forts brins nostalgiques à ceux qui le fréquentaient jadis. En fait, les chants émanant des haut-parleurs semblent parler de l’immortalité des précurseurs dans la mesure où on pense que Serigne Abass et ses Moqadems, Serigne Khaly Sall, Serigne Assane Gaye, Serigne Cheikh Wade… sont toujours vivants. Il en est de même pour les illustres hommes de micros disparus tels El Hadji Malick Thiaw, Oustaz Medoune Wade, Serigne Djibril Gaye qui, semblent toujours accompagner les actuels virtuoses tels El Hadji Abass Wade, Serigne Badara Gaye, Serigne Baba Sakho et quanti tutti.
Ceci étant dit, la rationalité soufie voudrait bien que quelqu’un qui prépare tant le Maouloud récidive le jour-j. Effectivement, Serigne Abass a eu le temps d’instaurer des 1959 un Gamou aux rituels particuliers, où la soif de grâce prophétique s’étanche au plus vite. Nous y reviendrons.
ÉCLAIRCISSEMENTS
M?miya, modèle de poème dont chaque vers se termine par la lettre ?
Rà-iya, modèle de poème dont chaque vers se termine par la lettre ?
Tà-iya, modèle de poème dont chaque vers se termine par la lettre ?
On a mis le mot "BOURDA" au féminin pour être en conformité avec sa signification Burdah, reconnue comme telle par les académiciens. Mais les genres féminin et masculin sont tous acceptables.
NB: La version de ce document qui comporte la traduction en français de certains expressions en arabe est disponible sur: http://lafriquedumillenaire.blogspot.com/
Mansour Gaye
Mansour Gaye